Discours en action


Öztin Passerat D.

printemps de la Francophonie, Cagliari, Italy, 17 April 2023 - 19 February 2024

  • Publication Type: Conference Paper / Unpublished
  • City: Cagliari
  • Country: Italy
  • Dokuz Eylül University Affiliated: Yes

Abstract


Pourquoi ce livre? La première raison pour laquelle ce livre a été écrit est ma déception, ma tristesse et ma colère face à l'utilisation brutale, mauvaise et dangereuse de la parole. En tant que professeure universitaire enseignant la linguistique, la sémiotique et l'analyse du discours depuis 30 ans, j'ai essayé de chercher une réponse à cela.


La deuxième raison est l'absence de cours d’argumentation ou de rhétorique dans le système éducatif turc. Mon but était de combler cette lacune.


Le livre intitulé  Discours et/en action essaye de répondre aux question suivantes : “Comment convainc-t-on les autres de ce que nous disons?"


C’est une question très simple mais en autant très complexe. La raison de cette complexité est que l'objet de la question est la parole et que le sujet est l'Homme. Comment la parole ou le discours persuade-t-il? et convainc-t-elle? Cette question a été posée il y a 2500 ans En Grèce antique où la rhétorique, l'art de la parole efficace, a été conceptualisée avec le livre  intitulé  "La rhétorique" d'Aristote. La rhétorique établie par Aristote a joué un rôle important dans la naissance de la théorie de l’argumentation. L'ouvrage de phare intitulé "Nouvelle rhétorique: Traité de l’argumentation", écrit en collaboration par Perelman et Tyteca en 1958, a préparé la naissance de la théorie de l’argumentation en marquant un tournant. C'est pourquoi le premier chapitre de l’ouvrage a été reservé à l’histoire de l’argumentation autrement dit à l’histoire de la rhétorique et le deuxième chapitre aux théories de l’argumentation inspirées d'Aristote.  


 


Une autre question, peut-être la plus vitale, est la question de “comment nous croyons?. Car,  “Croire” est peut-être le sens le plus important de notre existence. Nous croyons en  Dieu, nous croyons en notre famille, nous croyons en l'amour, nous croyons en nos amis, nous croyons en la science, nous croyons en la connaissance, le Savoir. Il y a donc une relation très ferme et étroite entre croire et faire confiance à qqn et à qqch. Comment peut-on définir cette relation ou comment est-elle construite cette relation? Notre croyance augmente ou diminue en fonction de notre confiance en ce que nous croyons ou en qui nous croyons. Alors comment faisons-nous confiance ?. Toutes ces actions cognitives telles que faire confiance et croire sont réalisées et concrétisées avec la parole, c'est-à-dire avec le discours.  En effet, la parole ou le discours est le moyen/appareil de communication et en même temps c’est aussi l'intermédiaire du processus de croyance entre les faits et les réalités/connaissances. Derrière toutes ces croyances, de la foi en Dieu à la science, en l'amour, en l'amitié, il y a toujours la parole et le discours et la langue. Par ailleurs,  nous croyons en quelque chose ou en quelqu'un qui est honnête et cohérent entre ses actes et ses dires. A Le troisième partie est consacré au triangle rhétorique constitué d ‘ethos, de pathos et de logos.


Comme j’ai déja évoqué, le discours ou la parole est un outil si puissant qu'elle peut faire d'un homme un roi ou un misérable. Parfois, elle fait sortir le serpent de son trou, parfois elle met les choses en ordre, et parfois elle ramène le serpent dans son trou. Parfois, elle effraie, parfois elle fait taire, parfois elle fait tomber amoureux, parfois elle rend fou. Elle ne dit pas seulement la vérité; comme les sophistes de la Grèce antique, elle montre des choses inexistantes comme si elles étaient réelles. Elle dit aussi des mensonges, des tromperies et des erreurs. Elle trompe, se trompe et trompe les autres. Elle rend aveugles les yeux et sourds les oreilles. Ainsi, la parole, ou le discours, peut devenir une arme puissante mais aussi dangereuse. Les paroles élogieuses qui élèvent notre interlocuteur au-dessus des nuages peuvent se transformer aux insultes qui provoquent la colère et incitent les autres à l'action. Le discours a donc plusieurs masques.


Comment le discours, qui possède des milliers de masques, peut-il servir au bien et au beau tout en servant également au mal et à la mechanceté? Quelles sont les stratégies qu'il utilise pendant ce masquage? Lorsqu'il recourt à la manipulation, en jouant avec les émotions de l'auditeur pour faire croire à l'existence des choses et des faits qui n'existent pas, quelles stratégies argumentatives utilise-t-il ? Comment déforme-t-il et dévie-t-il la vérité ou les faits ? Quels sont les masques de discours utilisés pour cacher la vérité? Dans le quatrième chapitre, j’ai essayé de répondre à ces questions. Pour ce faire, j’ai d'abord analysé la structure polyphonique du discours argumentatif en expliquant les figures des style (rhétorique) telles que l'ironie, l'exagération, l’euphémisme, l'amplification qui jouent un rôle important dans son efficacité et sa crédibilité. Ensuite, j’ai essayé de mettre en évidence divers exemples de stratégies et de méthodes de manipulation et de déformation appelées sophismes en Grèce antique et fallacies de nos jours qui consistent à embellir et à orner la parole tout en mettant l'essence le fond  en arrière-plan, et à convaincre à tout prix, que ce soit dans le discours politique ou dans la vie quotidienne.


 


Au’estce que ça veut dire l’argumentation?


Le discours argumentatif ou l’argumentation est l'ensemble des arguments et des stratégies discursives que nous avançons pour persuader les autres de ce que nous disons. Par conséquent, la théorie d’argumentation dans ses lignes classiques et générales, est une discipline étroitement liée à la logique en tant qu'« art de penser correctement », à la rhétorique en tant qu'« art de la bonne parole ou de la parole efficace » et à la dialectique en tant qu'« art de la conversation mutuelle »


L’argumentation est une activité langagière et interdisciplinaire.


 


La rhétorique est l’argumentation sont pareilles?


L’argumentation et la rhétorique sont deux disciplines entremêlées et deux approches linguistiques, mais elles ne sont pas la même chose. La rhétorique vise à convaincre l'interlocuteur à tout prix. Par conséquent, elle embellit la langue pour qu'elle soit plus belle et plus attrayante afin de convaincre l'interlocuteur. En revanche, l’rgumentation repose sur des raisonnements et des arguments bien fondés pour persuader l'interlocuteur sans embellir la langue avec des arguments valides.  Selon Amossy, la rhétorique est davantage un art basé sur une "la manipulation" où sont présentes des justifications, alors que l’argumentation implique des tentatives de raisonnement pour convaincre l'interlocuteur avec des arguments valides (Amossy, 2006: 2). Cette distinction est en fait similaire à la différence de compréhension entre Platon, qui considérait que l'art de la persuasion était "totalement basé sur une manipulation", et Aristote, qui avait une vision très positive de l'art de la persuasion en ce qui concerne la rhétorique.


3eme partie,


 


   CONVAINCRE    et   PERSUADER


Les discours qui construisent les connaissances et les croyances ne simplifient pas forcément le processus de croyance ou de persuasion. Dans les situations où croire n'est pas si facile, nous devons parfois étayer nos propos avec d'autres preuves ou arguments pour les appuyer. Nous appelons ce processus de CONVICTION.  Par conséquent, convaincre quelqu'un est parfois plus facile que le persuader, car pour le convaincre, nous avons besoin de preuves et d'arguments renforçant notre discours. Par exemple, une preuve ou un argument montrant que la cigarette augmente le risque de cancer peut convaincre facilement quelqu'un qui ne croit pas que la cigarette est dangereuse pour la santé.  C’est pourquoi, le processus de  Conviction repose davantage sur le savoir, la réflexion et la logique. Malgré cela, selon Jean-Jacques Rousseau dans son œuvre Émile, persuader quelqu'un est plus difficile que le convaincre. "Vous pouvez convaincre un enfant de ne pas faire une erreur, mais vous ne pouvez pas le convaincre de ne pas agir s’il n’est pas persuadé" dit-il. C'est parce que les émotions et les croyances jouent un rôle important dans la persuasion. Ainsi, certaines personnes peuvent continuer à fumer malgré le risque de cancer, car elles ne croient pas pleinement en cette preuve ou ne veulent pas y croire. Aussi peut-il paraitre une personne convaincue même si elle n’est pas persuadé de nos paroles.


 


D'autre part, il n'est pas si facile de distinguer les limites entre ces deux processus cognitifs. Nous ne pouvons pas trancher en disant que convaincre s'adresse à la raison et à la logique, tandis que persuader s'adresse aux émotions. En effet, le processus de persuasion ou de conviction peut parfois s'adresser aux émotions de l'interlocuteur, parfois à sa raison et à sa logique, et parfois aux deux à la fois : nous pouvons faire appel à la raison pour persuader et aux émotions pour convaincre. Bien que la conviction puisse sembler plus noble ou plus juste que la persuasion, nous ne pouvons ni convaincre ni persuader quelqu'un sans éveiller ses émotions. Une jeune fille qui souhaite participer à une fête d'anniversaire peut dire à ses parents : "J'ai travaillé comme une folle toute la semaine, je n'ai pas le droit de m'amuser ?", une femme blâmé par son conjoint pour des dépenses inutiles peut dire : "J’ai consacré ma vie à toi et à nos enfants  et pourtant tu n'es toujours pas satisfait", un employé qui demande une augmentation à son patron peut dire : "Lorsque j'ai été embauché, vous avez dit que vous ne nous laisseriez jamais être écrasés par l'inflation, mais avec l'inflation à 50% dans le pays et votre augmentation de seulement 30%, je demande une augmentation de salaire de 20%", et un étudiant qui justifie son absence à son professeur peut dire : "Monsieur, j'ai cinq frères et sœurs, mon père ne gagne pas assez d'argent et je dois travailler". Dans tous ces exemples, nous faisons appel à la fois à la raison et aux émotions.


Conviction et persuasion vers l’action


Par ailleurs, la conviction ou la persuasion est la plus importante étape dans la transformation du discours en action. Bien que la langue soit généralement définie comme un moyen de communication, l'une des fonctions les plus importantes de la langue est de convaincre ou de persuader l’Autre comme il a affimé Plantin la persuasion ou persuader qqn est la quatrième fonction du langage en dehors de s’exprimer, de communiquer et de décrire. Car il faut être convaincu et persuadé pour croire en quelqu’un ou en quelqechose. Alors comment croyons-nous ou sommes-nous convaincus? Quel est le rôle et l'impact de qui a dit quoi, comment et quoi dans la crédibilité du discours et sa transformation en action? Pourquoi certains réalités considérées comme "irrationnelles, incohérentes, incroyables" pour certaines personnes peuvent être considérées comme "logiques, cohérentes" pour d'autres?  Dans ce contexte, Jean-Claude Coquet parle de trois types de sujets : l'un est un "sujet de savoir", l'autre est un "sujet de croyance (sujet romantique)" ; le troisième est un sujet schizophrène qui mélange le réel et l'imaginaire. Dans l’entreprise persuasive du discours, les deux premiers types de sujets ou récepteurs sont tellements importants que certains concepts discursifs  mettent "la croyance" ou "le savoir" au centre de leur pensée. Le "discours religieux" basés sur des principes et des règles religieuses sont parsemés de dogmes et d’autre part, les concepts qui met le “SAVOIR” au centre de leur idéologies sont basés sur des faits et sur la science.)


 


 


C’est pourquoi ocroyons en quelque chose ou en quelqu'un qui est honnête et cohérent entre ses actes et ses dires. Toutes ces actions cognitives telles que faire confiance et croire sont réalisées et concrétisées avec la parole, c'est-à-dire avec le discours


ETHOS, PATHOS et LOGOS


La rhétorique établie par Aristote reposent sur trois composantes : l'orateur, le discours et l'auditoire. Ces trois éléments jouent un rôle important dans la crédibilité de nos discours. Bien qu'il soit théoriquement possible de les diviser en trois, il n'est pas si facile de séparer ces trois éléments les uns des autres. En d'autres termes, il est aussi important de savoir qui est l'orateur que la véracité ou la validité de ce qu'il dit, ainsi que l'impact émotionnel que ses propos peuvent avoir sur l'auditoire et comment ces éléments sont logiquement et rationnellement intégrés dans la chaîne de discours. Ils sont appelés respectivement ethos, logos et pathos en grec. Ethos ou éthique provient du mot grec signifiant la morale, logos ou logique provient du mot grec signifiant la logique, et pathos ou pathétique provient du mot grec signifiant l'émotion ou le sentiment".


Le locuteur, qui est à l'origine de l'acte de parole ou de discours, est l'élément le plus important de ce triplet. Pour renforcer la crédibilité de ce que nous disons, il est important de prendre en compte non seulement qui nous sommes et pour qui nous parlons, mais aussi l'impression que nous donnons et la perception que nous créons en parlant. Les questions de "qui est la personne qui parle" et de "quelle impression et quel effet elle produit sur nous" sont aussi importantes que "ce qu’elle dit". De nombreux facteurs influencent l'impression ou l’ethos que le locuteur laisse à l'interlocuteur, qui ne sont pas seulement liés à ce qu'il dit ou à la façon dont il parle ; son sexe, son âge, son métier, son style vestimentaire, sa coiffure, sa posture, etc. peuvent également affecter l'impression que le locuteur crée en nous. Tout le monde veut donner l'impression qu'il souhaite être vu par l'autre, tolérant, raisonnable, serviable, juste, humble, sympathique, etc. Cependant, l'impression ou la perception que nous créons avec nos paroles dans une situation d'interaction peut être différente. Par conséquent, même si le locuteur dit   "je suis une personne démocrate, je respecte les opinions de chacun, je suis ouvert aux critiques",  s'il dit "et bien, on devrait attendre votre bon plaisir ?", l'image que cette personne crée en face de nous sera celle d'une personne autoritaire.


Dans ce sens là, l’ethos est une affaire de masque. Les masques que nous sommes obligés de porter dans nos discours nous conduisent à faire la distinction entre l'ethos  montré et l'ethos dit. L'ethos montré est plus proche de l’être, tandis que l'ethos dit est plus proche de paraître. Une trop grande distinction entre ces deux ethos entraîne une diminution de la crédibilité de l'ethos,  qui repose sur les signes de confiance et de sincérité, et peut même conduire le récepteur à douter, voire à ne pas faire confiance à la personne qui parle.  Car le masque étant très évident c’est à dire trop artificiel et laisse apparaître l'identité réelle. Maingueneau et Plantin ont fait à ce sujet la distinction entre ethos montré et ethos dit.


Maingeuneau, il affirme :


Ce que l’orateur prétend d’être, il le donne à entendre et à voir: il ne dit pas qu’il est simple et honnête, il le montre à travers sa manière de s’exprimer. L’ethos est ainsi attaché à l’exercice de la parole, au rôle qui correspond à son discours, et non à l’individu “reel”, appréhendé independamment de sa prestation oratoire.  (Maingeuneau, 1993: 138)


Ainsi, nos caractéristiques et traits de personnalité tels que tolérant, démocrate, dur, ouvert aux critiques, cruel, miséricordieux, agressif, rancunier, religieux, de gauche, de droite, ainsi que notre identité en tant que footballeur, chanteur pop ou ingénieur, sont exprimés par notre langage et notre discours. Peu importe même si on dit "Je suis démocrate, féministe, intellectuel, respectueux des droits de l'homme, j'aime les animaux, je suis écologiste", si nous pouvons dire "La plupart des Syriens sont des voleurs"; "Il n'y a pas de problème kurde, c'est un mensonge"; "Il n'y a pas de pertes humaines dans les incendies de forêt, seuls quelques pompiers ont été blessés", nous montrons que nous ne sommes pas écologistes et n'accordons pas d'importance aux animaux, ni respectueux des droits de l'homme mais irrespectueux. C'est pourquoi notre identité et notre personnalité sont reflétées dans nos discours.


A l’instar de Maingeuneau et de Plantin, Ducrot qui étudie la polyphonie dans la langue et affirme que ce que l'orateur voudrait passer à l’Autre comme impression ne renvoit pas seulement à la personne reelle, en chair et en os, qui parle (le sujet empirique), mais aussi à la présence du discours (être du discours) en tant que locuteur (Locuteur) et à la présence d'un monde fictif (ƛ) dans le discours (être du monde).  Peu importe que nous disions que nous sommes libéraux ou démocrates, un geste que nous faisons ou une élévation de notre ton de voix, ou les mots que nous utilisons peuvent détruire l'ethos que nous voulons montrer, et faire tomber le masque.


Un exemple à ce sujet:


Le 2 décembre 2021, Nurettin Nebati, nommé ministre des Finances, a créé un éthos contradictoire et paradoxal dans la société, à la fois "sympathique" voire "amusant", mais aussi "ignorant, non expert et incompétent, plaçant ses intérêts personnels au-dessus de ceux de l'État". Cela s'est manifesté dans ses paroles, son style vestimentaire, ses gestes et mimiques, sa posture et son regard, ainsi que dans ses paroles suivantes qui ont renforcé cet éthos négatif: "Voyez-vous la lueur dans mes yeux ?" ; "Être un homme d'affaires dans ce pays est très agréable". Lorsqu'un journaliste lui a demandé si ce modèle économique serait couronné de succès, il a répondu : "Tu es un salarié. Tu ne perdras au plus qu'une partie de ton salaire. Mais moi, si cela ne s'améliore pas, je perdrai tout ce que j'ai. Nous avons 1000 employés. Je perdrai tout avec ces 1000 personnes.  Je perdrai ce que mon père m'a laissé. Est-ce que je suis prêt à prendre ce risque, Sevilay Hanım ? Cela doit s'améliorer, c'est une certitude ! Tout ce dont nous avons besoin, c'est que l'on nous fasse confiance et que l'on croie en nous !"


En effet, la personne qui parle dit "fais-nous confiance", mais le "léthos négatif et infructueux qu'elle expose ne lui permet pas d'obtenir cette confiance. En effet, le sentiment de confiance n'est pas quelque chose que l'on demande, mais quelque chose qui est "créé" par des actions et des paroles et des discours.  C'est pourquoi  l’éthos construit dans son discours par Nurettin Nebati ne rassure pas. De plus, l'un des composants de la "ethos" qu'un ministre des Finances devrait présenter est d'être compétent, c'est-à-dire un expert dans son domaine. Cependant, lors d'une émission de télévision le soir du 20 décembre 2021, lorsqu'on lui a demandé : "Est-ce que c'est nous qui avons fait ça ? Est-ce que nous intervenons ?", cela a montré qu'il n'était pas compétent, qu'il travaillait  ni avec un plan ni avec un programme, et qu'il manquait de prévoyance.


En d'autres termes, essayer d'être sympathique  n'a pas été suffisant pour ce ministre des Finances, au contraire, son intention et son désir de paraitre toujours sympathique et même comique ont eu un effet inverse, lui donnant une image non sérieuse et suscitant de la méfiance à son égard, finalement la majorité des auditeurs  n'ont pas cru ce qu'il a dit. Car les sujets tels que les finances ou l'inflation, qui affectent directement et concernent l'ensemble de la société, ne sont pas des sujets à présenter avec des plaisanteries ou à prendre à la légère, mais plutôt un domaine qui doit être abordé d’une manière sérieuse digne d’un homme d'État à la fois dans le fond et dans la forme !


 


L’ethos  prédiscursif


Par contre, l’ethos peut être construit avant même que le discours ne commence, mais elle peut aussi se construire au cours du discours. C’est pourquoi la persuasion dans le discours politique est lié également à l’éthos prédiscursif c’est à dire à la réputation de l’acteur politique,. C’est pourquoi  ce qu'il dit sont aussi importants, tout comme l'identité de l'auditeur. Pour certains électeurs, l'orateur (l'acteur politique) est comme un dieu et l'auditeur n'a qu'à croire en lui, ce qui est la voie la plus facile. Pour d'autres électeurs, ce qui est dit doit être questionné. Ces derniers, examinent d’une manière rationnelle,  la "vérité" et la "probababilité" des faits exposés par le politicien


Pour le premier cas,  tout ce que dit un acteur politique est vrai. Ainsi, le « discours diffamatoire » ou le « discours de haine » peut devenir une action réelle. Les concepts, croyances, pensées, valeurs, personnes ou groupes que l'acteur politique marginalise peuvent également devenir la cible des auditeurs qui adhèrent à ce discours. Par conséquent, les paroles et les discours qui servent le bien et la beauté peuvent également servir le mal.


 


PATHOS dans le discours politique


La place des émotions dans l'argumentation, publié par Douglas Walton en 1992, souligne pour la première fois l'importance des émotions dans le discours argumentatif, mais met également en garde contre leur utilisation prudente dans nos discours. Walton affirme que les émotions sont un facteur qui augmente la crédibilité, mais qu'il est nécessaire de les utiliser avec précaution. De plus, pour que les arguments émotionnels soient efficaces, ils doivent être justifiés correctement, et les émotions jouent un rôle important dans la détermination de nos intérêts et dans la prise de décision. Selon Walton, l'utilisation des émotions peut augmenter la crédibilité du discours, mais si elle est mal utilisée, elle peut également réduire la crédibilité du discours.


Les précurseurs de l'école hollandaise et de la théorie de l'interaction parmi lesquels on peut citer Amossy et Plantin, sont contre des discours entièrement basés sur l'émotion, détachés de la raison et de la logique. En d'autres termes, si les émotions sont utiles dans le discours argumentatifs  en termes de résultats, elles doivent être utilisées. Par exemple, l'émotion la plus utilisée dans le discours quotidien et politique est l’argumentation construite autour de la «peur». Ces peurs varient selon les idéologies défendues; pour les idéologies de droite, conservatrices et fascistes, on utilise des discours tels que «ils attaquent notre religion» ou «le problème de la survie du pays relève des Kurdes séparatistes», tandis que pour l'idéologie de gauche, sociale-démocrate ou kemaliste, on peut citer l'exemple de la manchette «Êtes-vous conscient du danger?» publiée pendant longtemps par le journal Cumhuriyet, qui est le porte-parole de cette idéologie. Toutes ces déclarations ont cherché à déclencher les peurs du destinataire et, d'une certaine manière, à inciter à agir, à provoquer une action. Ces discours, qui semblent cohérents en soi et innocents, peuvent être perçus comme une menace pour le public cible implicitement visé dans le discours. Si ces publics cibles sont incités à agir en réponse à ces discours et à recourir à la violence physique contre l'autre camp, alors ces discours entrent sont qualifiés comme des discours manipulateurs.


Prenons un autre exemple: Toutes les idéologies politiques sont d'accord sur la question du réchauffement climatique et de la sensibilisation environnementale. Ils affirment que si des mesures ne sont pas prises rapidement, l'humanité sera confrontée à la sécheresse et à la famine. Dans ce contexte, les discours peuvent être formulés comme suit:


Les gaz nocifs qui ont perforé la couche d'ozone augmentent le réchauffement climatique, le réchauffement climatique signifie la fin du monde, la fin de l'humanité, installez un filtre dans votre usine. Un autre exemple d'un autre domaine:


  • Si vous ne vous faites pas vacciner, vous avez un risque très élevé de contracter le coronavirus. Chez les personnes ayant des problèmes d'immunité, le taux de guérison du coronavirus est très faible.


Dans les deux derniers exemples, la même approche a été adoptée en déclenchant les peurs du destinataire pour parvenir à un résultat. La peur a été utilisée pour obtenir un bon résultat et pour convaincre le destinataire. Les raisons de santé et de sensibilisation environnementale sont conformes à la raison, à la logique et au bon sens, donc elles sont positives!


D'autre part, on a témoigné que le discours politique fondé sur la peur et peut également être construit sur des mensonges, des tromperies voire des fraudes pour convaincre l'autre. Par exemple, il a été admis aujourd'hui par les responsables américains que les raisons de la guerre menée par les États-Unis contre l'Irak en 2004 étaient entièrement inventées et fictives. Avec des arguments faux, erronées un pays a déclaré la guerre à un autre pays, commettant ainsi un crime contre l'humanité en causant la mort de millions de personnes!


On peut résumer cela comme suit :


Dezenformasyon------- -- Manipülasyon  ----------Provokasyon---------- Aksiyon


 


Depuis Aristote, il est connu que la colère et la rébellion sont les émotions les plus importantes pour pousser les gens à agir. La colère peut être provoquée par la peur ou l'anxiété. Ainsi, "la colère, définie comme l'adoption d'une attitude agressive face à une situation de mécontentement", est la plus forte émotion capable de pousser les gens à l'action (Parret, 1987: 117). Selon Algirdas Julien Greimas, "la colère combinée à l'agression s'empare de la personne et la pousse à agir" (Parret, 1987: 117). La rébellion ou la colère peuvent avoir de nombreuses causes, par exemple la violation du sentiment de justice est la principale cause de colère.


Nous pouvons dire que le but le plus important de faire appel à nos émotions, que ce soit dans le discours politique ou dans la vie quotidienne, n'est pas seulement de susciter des sentiments et de l'excitation chez l'interlocuteur, mais aussi de le pousser à agir et à se mobiliser. Ainsi, l'activation d'une émotion peut agir comme une force motrice pour activer une autre émotion, qui à son tour peut susciter une action. Nous pouvons d'abord effrayer, puis inciter à la révolte, ou bien nous pouvons d'abord susciter l'espoir, puis mobiliser les masses.


En conclusion, ce qui fait de nous des êtres humains, ce n'est pas seulement notre raison mais aussi nos émotions. Le principe de Perelman, selon lequel pour convaincre les autres, il faut parler à leur esprit et pour les persuader, il faut parler à leur cœur, a été remplacé aujourd'hui par "si nous voulons convaincre quelqu'un, nous devons parler non seulement à son esprit mais aussi à ses émotions". Un discours dépourvu d'émotions n'est pas convaincant et ne peut pas persuader, car les émotions ont aussi leur propre logique et leur propre raison, comme le dit Pascal : "le cœur a sa propre raison que la raison ne connaît point".


 


LOGOS


L’argument est l'unité la plus petite mais la plus importante de l’argumentation.  Un argument est la raison qui nous conduit à une conclusion.  Plus nos arguments sont rationnelles, logiques et correctes, plus notre discours est convaincant et crédible.


D'autre part, chaque énoncé n’est pas un argument et tous les discours ne sont argumentatifs.  Ce qui rend un discours argumentatif, c'est le lien entre lui et la conclusion.


Il est vrai que la relation qui lie l’argument à la conclusion est variée. Cela peut être des prémisses acceptées par tous ou des vérités et/ou des preuves expliquées par la science. Ce sont des règles de transition universelles et scientifiques: 2+2=4 est la même chose partout, ou l'eau bout à 100 degrés partout. Par conséquent, bien que l'on dise que la discussion des arguments scientifiquement prouvées, voire même l’argumentation ne fasse pas partie du sujet, les arguments scientifiques peuvent également être discutées. Par exemple, au début de l'épidémie de coronavirus, de nombreux scientifiques et médecins ont déclaré que le port du masque n'était pas nécessaire, tandis que d'autres ont déclaré qu'il était nécessaire.


L’argument----------------------La conclusion


 


En dehors des arguments qui varient d'une société à l'autre existent des arguments universel et scientifiques. Ceux-ci varient en fonction des valeurs et des jugements de valeur communs de cette société. Par exemple, en France, avoir un enfant sans être marié est  une acceptation commune très courante, mais ce n'est pas une situation facilement acceptée dans notre pays. Dans ce sens, les arguments peuvent ne pas être discutées, mais les résultats peuvent varier d'une personne à l'autre et d'une société à l'autre. D'autre part, la relation ou le lien qui mène l’argument à la conclusio ne peut pas toujours être objectif et précis.


 


Gerekçe…………………………………………………………Sonuç


           


TOPOS


Genelgeçer kurallar, ortak görüş, benzerlik, neden, otorite, kişiler


 


Par exemple, l’intérêt est la cause, l'inflation est la conséquence. Cette séquence argumentative est un bon exemple d'une argumentation claire et explicite qui indique la cause et la conséquence dans le discours argumentatif. L'orateur a souligné cela clairement et explicitement. Cette déclaration est cohérente en elle-même. D'un autre côté, la validité de l’argument dépend des facteurs externes qui dépendent du type d’argumentation. Si nos prémisses sont l'objet d'étude de la science, cela s'approche de la démonstration et nos arguments sont plus objectifs et scientifiques. L'argumentation la plus importante utilisée ici est la méthode inductive et l'exemple. Pour l’argumentation ci-dessus, on étudie les données de la science d’économie ; la relation entre les taux d'intérêt et l'inflation est comparée dans d'autres pays ou dans des situations inflationnistes antérieures, et une conclusion est tirée. Ainsi, il est démontré que l’argumetation présentée est correcte et valide. Si ces données ne sont pas à notre disposition notre argumentation n’est fondée que sur une hypothèse. On apprend en vivant.


Les frontières entre l'éthos, le pathos et le logos ne sont pas clairement définies. Ils se nourrissent mutuellement dans le discours pour convaincre ou persuader l'auditeur. L'ethos implique à la fois la psychologie et la sociologie. Comme le dit Gilles Declercq : « L'ethos est là où se rejoignent l'éthique de la psychologie (le caractère de l'orateur) et la psychologie des émotions (les émotions de l'auditeur) ; en d'autres termes, l'ethos est intégrée aux émotions, car la présentation de caractéristiques éthiques suscite des émotions chez l'auditeur. » (Declercq, 1992 : 5).


 


Discours contre argumentation discurs de réfutation


 


Comme on peut le voir, le discours argumetatif  n'est pas un discours unidimensionnel et univoque, mais un discours polyphonique. Il est fondé sur une structure dynamique et interactive. Comme nous l'avons déjà dit, Plantin a défini cette structure interactive de l’argumentation en tant que "proposants, opposants et tiers". Au cours de cette interaction, il peut y avoir des personnes qui approuvent ce que nous disons, mais il peut également y avoir des personnes qui ne sont pas d'accord et qui s'opposent à nos arguments. Il n'est pas toujours possible de parvenir à un consensus!


Dans ce sens, il est tout à fait naturel que le discours argumentatif  engendre une contre-argumentation ou une réfutation du discours. La réfutation peut se faire de trois manières: en s'opposant aux arguments utilisés dans le discours, en montrant l'incohérence entre les actions et les paroles de l'orateur, ou en attaquant la personnalité de l'orateur.


Inverser les prémisses pour réfuter la conclusion


Essayer de discréditer un argument en échangeant les prémisses et la conclusion est un exemple parfait de distorsion et de manipulation. Cela se produit souvent lors de discussions impliquant plusieurs intervenants. Ici, les prémisses et les arguments essentiels sont ignorés et l'on essaie de réfuter un argument mineur pour prétendre que toute la thèse est invalide. Nous pouvons voir ce type de distorsion à la télévision tous les soirs. Dans une émission de débat sur l'impact de la crise économique ou de l'inflation sur la population, lorsqu'on demande à un intervenant : "Pourquoi l'inflation a-t-elle augmenté à ce point ?" et qu'au lieu de répondre à la question, l'intervenant dit : "L'inflation est partout, en France, en Allemagne, en Amérique. En France, elle a augmenté de 30 fois (l'inflation en France était de 0,20 l'année précédente). Le pain coûte là-bas 2 euros, soit 30 livres", afin de faire taire l'intervenant qui a dit "l'inflation est élevée".


La stratégie de l’ homme de paille qui  repose entièrement sur la déformation et la manipulation contrairement à d'autres stratégies de réfutation. Par exemple;


A-   La fabrication d'avions et de chars ne devraient pas être privatisées.


B-   S'opposer à la privatisation de la fabrication d'avions et de chars, c'est s'opposer à la défense du pays.


 A- Je n'ai pas dit cela, la défense du pays est une chose et la privatisation en est une autre.


 


Un dernier exemple,


Après que le ministre des Finances Nurettin Nebati ait déclaré le 21 mars 2022 à propos de l'inflation "le drapeau ne tombera pas, l'appel à la prière ne sera pas interrompu ; laissez-les cogner leur tête contre le mur", les auditeurs peuvent sourire et s'énerver en disant "quel est le rapport, d'où vient cela maintenant".


 


Pourquoi le discours politique??


Pourquoi le livre accorde-t-il une grande importance au discours politique et aux discours des acteurs politiques ? Le discours politique est une collection là où il existe de nombreux types de discours.  De prime abord, il vise à inciter les électeurs à voter pour un acteur politique en englobant les actions que ce dernier va accomplir ou les promesses qu'il va executer.  En d'autres termes, c'est l’instance par excellence où l’acte de parole se transforme  en ACTION.


 La deuxième et la plus importante raison est que les acteurs politiques essayent de démontrer toujours par l’acte de parole, des choses qui n’existent pas ou pas vraies comme si elles étaient vraies, plutôt que de dire la vérité. En d'autres termes, grâce à la parole et aux discours , les acteurs politiques peuvent facilement manipuler la vérité en créant une perception qui ne correspond pas à la réalité, tout comme un acteur. Autrement dit, ils jouent avec les mots pour déformer la verité.  Ils peuvent dire "noir" aujourd'hui après avoir dit "blanc" hier, sans hésiter à discréditer les autres pour se justifier. Si j’ose dire, ils sont capables de mentir, de tromper ou exploiter les sentiments de l’Autre pour ne pas perdre leur siège et même ils sont capables de dire j'ai été trompé". Dans ce sens, le discours politique contient des stratégies trompeuses, déformantes et manipulatrices.


 


CONCLUSION


La question posée "Comment persuadons-nous avec la parole ou le discours? Et comment se transforme-t-elle la parole en action?" qui constituent l’objet d’étude ou le sujet est analysé et étudié non seulement avec les méthodes de la linguistique, mais aussi avec les principes fondamentaux de la sémiologie et de la pragmatique en s'appuyant principalement sur  sur les ouvrages importants de Christian Plantin, Ruth Amossy, Catherine Kerbrat-Orecchioni, Chaim Perelman et Patrick Charaudeau, qui ont joué un rôle important dans la conceptualisation et la théorisation de la argumentation.


Le chemin qui mène du discours à l'action semble simple, mais il est en réalité complexe et tortueux. Car l'auteur du discours est l'homme, et l'essence et les paroles de chaque homme sont différentes. Pour découvrir leur essence, il est nécessaire d'enlever les masques que le langage peut porter. J'espère que ce livre a réussi à le faire dans une certaine mesure.